Le Japon est le paradis des motards. On y trouve des modèles mythiques (Honda RC30, Suzuki RG 500 Gamma, Yamaha OW01) dans des états de conservation exceptionnels, et des petites cylindrées (400cc) jamais importées chez nous. Avec la flambée des prix des youngtimers en Europe, l’idée d’importer une moto du Japon devient séduisante. Mais attention : entre le prix affiché aux enchères à Tokyo et l’immatriculation française finale, il y a un gouffre administratif appelé « Homologation ». Voici la vérité sur l’import JDM (Japanese Domestic Market).
Les infos à retenir
- 🚢 L’achat : Il se fait principalement via des enchères professionnelles (BDS, JBA). Il faut passer par un intermédiaire (proxy) pour enchérir et gérer la logistique jusqu’au port.
- 💸 Les taxes : À l’arrivée en France, vous paierez 20% de TVA (sur le prix moto + transport) + des droits de douane (6% à 8% selon cylindrée).
- 🛑 Le mur de l’homologation : Les motos japonaises n’ont PAS de certificat de conformité européen (COC). Elles ne sont pas immatriculables directement.
- 📜 La solution : Pour les éviter la coûteuse RTI (Réception à Titre Isolé), visez uniquement les motos de plus de 30 ans (Carte Grise Collection), qui sont exemptées d’homologation.
Pourquoi importer du Japon ?
Le marché japonais a deux spécificités :
- Le contrôle technique (Shaken) : Il est extrêmement strict et coûteux. Du coup, les Japonais entretiennent maniaquement leurs motos et s’en débarrassent souvent avant qu’elles n’aient trop de kilomètres.
- Les modèles exclusifs : Le Japon a gardé pour lui des pépites (les fameuses 400cc 4 cylindres comme la ZXR 400 ou la CB 400 Four) et des coloris introuvables en Europe.
Les prix, bien qu’en hausse, restent parfois 30 à 40% inférieurs à la cote européenne pour des modèles rares.
Le processus logistique
Une fois la moto repérée sur un site d’enchères (via un courtier comme BDS ou des intermédiaires français spécialisés), vous payez la moto.
Le courtier organise le transport terrestre jusqu’au port (Yokohama ou Tokyo), la mise en caisse (Crating) et le fret maritime. Comptez environ 2 mois de bateau.
À l’arrivée au Havre ou à Marseille, vous devez dédouaner. C’est le moment douloureux : vous payez la TVA française (20%) sur la valeur totale (Prix d’achat + coût du transport) ainsi que les droits de douane. Vous repartez avec le formulaire 846A, preuve que la moto est fiscalement en règle.

L’Homologation : Le piège mortel
C’est là que le rêve se brise souvent.
Cas 1 : La moto a moins de 30 ans.
Elle n’a pas de COC (Certificat de Conformité Européen) car elle était destinée au marché japonais. La préfecture refusera de l’immatriculer.
Vous devez passer une RTI (Réception à Titre Isolé) à la DREAL (les Mines).
- Il faut mettre la moto aux normes France (optique de phare qui éclaire à droite, compteur en km/h, rétroviseurs marqués E, échappement, antiparasitage, freinage).
- Il faut passer des tests de bruit et de pollution à l’UTAC (Monthléry), ce qui coûte environ 2 000 €, sans garantie de réussite.
- C’est un processus long (6 mois à 1 an), coûteux (3 000 € minimum) et incertain. À réserver aux motos très récentes qui ont un équivalent européen exact, et encore.
Cas 2 : La moto a plus de 30 ans.
C’est la voie royale. Grâce à l’attestation de la FFVE (Fédération Française des Véhicules d’Époque), vous pouvez immatriculer la moto en Carte Grise Collection.
La FFVE ne demande pas de COC ni de passage aux Mines. Elle demande juste la preuve de l’âge (plus de 30 ans), le 846A (douanes) et des photos.
C’est pour cela que l’import Japon concerne à 90% des motos des années 80 et début 90 (NSR 250, RC30, etc.).
L’avis de l’importateur spécialisé
« N’essayez pas d’importer une moto de 2005 ou 2010 du Japon vous-même. La DREAL va vous demander des certificats de conformité partielle que Yamaha ou Honda Japon ne vous donneront jamais. Vous aurez une moto magnifique dans votre salon que vous ne pourrez jamais conduire sur route. Concentrez-vous sur les ‘plus de 30 ans’, là c’est facile et rentable. »
Est-ce rentable ?
Oui, si vous visez des modèles de collection (plus de 30 ans) rares et cotés. Non, si c’est pour importer une moto banale récente, car les frais de port, de douane et d’homologation mangeront tout le bénéfice par rapport à un achat en France.
Foire Aux Questions (FAQ)
💡 Faut-il changer le phare ?
Oui, impérativement. Au Japon, on roule à gauche. Le faisceau du phare éclaire donc vers la gauche (pour ne pas éblouir). En France, cela éblouit les voitures en face et c’est recalé au Contrôle Technique. Il faut trouver une optique européenne compatible.
⚓ Combien coûte le transport ?
Pour une moto seule en caisse, comptez actuellement entre 1 000 € et 1 500 € de fret maritime, auxquels s’ajoutent les frais de port et de manutention au Japon et en France. Le transport a beaucoup augmenté ces dernières années.
📄 Le 846A est-il suffisant pour rouler ?
Non, le 846A prouve juste que vous avez payé la TVA. Il permet de faire la demande de carte grise (via FFVE ou DREAL), mais il ne permet pas de rouler. Vous devez attendre l’immatriculation finale (WW provisoire possible en attendant).









