Lorsque la firme de Noale a décidé de relancer le mythique nom « Tuareg » pour s’attaquer au segment très disputé des trails de moyenne cylindrée (face à la Yamaha Ténéré 700 et la KTM RS 660), elle n’a pas fait les choses à moitié. L’Aprilia Tuareg 660, lancée fin 2021, s’est imposée d’emblée comme une référence dynamique, offrant des suspensions haut de gamme, une électronique embarquée de pointe et un bicylindre de 80 chevaux particulièrement volontaire. Mais dans l’univers de la moto d’aventure, où l’on s’éloigne parfois loin des réseaux de concessionnaires, les performances ne sont rien sans une robustesse à toute épreuve.
Le groupe Piaggio/Aprilia a parfois souffert d’une réputation inégale en matière de fiabilité électrique et de finition sur le long terme. Le tout nouveau moteur bicylindre parallèle de 659 cm³ (dérivé du banc avant du V4 de la RSV4) avait d’ailleurs connu des rappels retentissants à ses débuts sur la sportive RS660. Qu’en est-il de sa déclinaison trail, modifiée pour plus de couple et logée dans un châssis soumis aux contraintes du tout-terrain ? Après trois années de commercialisation et des millions de kilomètres accumulés par les « Tuaregisti » à travers le monde, AutoMotoHebdo dresse un bilan objectif de la fiabilité de l’Aprilia Tuareg 660. Pannes de jeunesse, électronique, consommation d’huile : voici tout ce qu’il faut savoir avant de signer le chèque.
Ce qu’il faut retenir
- ⚙️ Le cliquetis de distribution : Un bruit de « tic-tic » prononcé à froid est récurrent. Il est dû au tendeur de chaîne de distribution hydraulique qui met du temps à se mettre en pression. C’est agaçant mais sans danger mécanique prouvé.
- 💧 Le suintement d’huile (Weep hole) : De nombreux propriétaires ont constaté une goutte d’huile sous la pompe à eau. C’est lié à un joint spi d’arbre qui fatigue prématurément. Aprilia remplace la pompe sous garantie sans discuter.
- 💻 Caprices du tableau de bord : L’écran TFT couleur et la jauge à essence ont connu des bugs de jeunesse (jauge bloquée, condensation sous la vitre). Les mises à jour logicielles de 2023 ont stabilisé l’électronique de bord.
- 🛡️ Un bilan globalement très positif : Contrairement aux craintes liées aux débuts de la RS660 (bielles), le moteur de la Tuareg est fiabilisé. Aucune casse moteur lourde n’est à déplorer de façon systémique sur le trail.
Les ajustements mécaniques : Distribution et suintements
Le moteur de la Tuareg 660 diffère de celui de la RS660. Aprilia a redessiné le carter d’huile pour augmenter la garde au sol et a modifié les arbres à cames pour privilégier le couple à bas et mi-régime (70 Nm). Cette base s’avère extrêmement robuste. Le spectre de la casse de bielle, qui avait touché une petite série de RS660 en 2020, n’a jamais concerné la Tuareg, dont les moteurs ont été produits après la résolution de ce défaut fournisseur.
Toutefois, la Tuareg n’échappe pas à quelques maladies de jeunesse. Le grief le plus courant concerne un bruit mécanique côté droit. À froid, le moteur émet un cliquetis métallique assez sec. Cela provient du tendeur de chaîne de distribution. Ce tendeur étant hydraulique, l’huile met quelques secondes à le mettre sous tension optimale après le démarrage. Bien que ce bruit disparaisse à chaud et n’engendre pas de saut de distribution, il a généré des inquiétudes. L’utilisation stricte de l’huile préconisée (10W50) est impérative pour limiter ce phénomène.
Le second point mécanique concerne le fameux « trou de pleur » (weep hole) situé sous la pompe à eau/huile combinée. Il sert à évacuer les fluides en cas de défaillance des joints spi internes séparant l’huile du liquide de refroidissement. Sur de nombreux modèles 2022, un léger suintement d’huile propre est apparu vers 5000 km. Le constructeur prend ce défaut en charge sous garantie en remplaçant l’ensemble de la pompe avec des joints renforcés, réglant le problème définitivement.

L’électronique et la partie-cycle à l’épreuve du temps
Aprilia a doté la Tuareg de l’APRC (Aprilia Performance Ride Control), une suite électronique digne d’une superbike (Traction control, frein moteur réglable, modes de conduite). Ce cerveau se montre globalement infaillible et ne met pas la moto en défaut.
En revanche, les périphériques ont demandé des ajustements. La jauge à essence, de conception complexe en raison du réservoir en « fer à cheval » qui descend très bas pour abaisser le centre de gravité, a fait des siennes. Sur les premiers modèles, elle restait bloquée sur le plein ou indiquait la réserve de façon erratique. Aprilia a résolu cela via une mise à jour du logiciel de bord (dashboard update) qui recalibre le capteur. Un autre désagrément mineur concerne la formation de buée à l’intérieur de l’écran TFT lors de variations brusques de température en hiver, un défaut cosmétique pris en garantie si la lisibilité est altérée. Du côté de la partie-cycle, les suspensions Kayaba entièrement réglables, qui font la renommée dynamique de la moto, vieillissent parfaitement bien, même en usage off-road intensif, sans fuite de spi de fourche prématurée signalée.
Tableau : Historique des défauts et prises en charge Tuareg 660
| Composant concerné | Symptôme signalé | Solution réseau Aprilia |
|---|---|---|
| Pompe à eau / huile | Goutte d’huile sous le carter droit. | Remplacement des joints spi ou de la pompe (Garantie). |
| Jauge à carburant | Indication du niveau figée ou fantaisiste. | Flashage logiciel du tableau de bord (Mise à jour). |
| Quickshifter (Option) | Passage de la 5 à la 6 un peu rugueux. | Réglage de la tige de sélection et apprentissage ECU. |
| Écran TFT | Apparition de condensation aux angles. | Remplacement du bloc compteur si persistance. |
L’avis de la rédaction AutoMotoHebdo
« On pouvait légitimement avoir des doutes sur la capacité d’Aprilia à livrer un trail baroudeur fiable dès la première génération. Trois ans plus tard, la Tuareg 660 a fait taire les mauvaises langues. Oui, il y a eu de petits agacements périphériques typiques des productions italiennes, comme la buée dans le compteur ou un capteur récalcitrant. Mais sur le plan fondamental (châssis, moteur, sécurité), la machine est en béton armé. Elle a traversé des rallyes amateurs et des déserts sans sourciller. C’est aujourd’hui une excellente alternative d’occasion à la Ténéré 700, souvent mieux équipée et affichant une fiabilité moteur tout aussi rassurante. »
Acheter d’occasion en toute sérénité
Si vous visez le marché de la seconde main, l’Aprilia Tuareg 660 est un achat recommandable. L’attention doit se porter sur le suivi d’entretien dans le réseau officiel. Vérifiez sur le carnet que la moto a bien reçu ses mises à jour logicielles (indispensables pour la gestion de l’accélérateur Ride-by-Wire et de la jauge). Glissez-vous sous la moto du côté droit pour inspecter l’absence de trace d’huile fraîche sous la pompe à eau. Enfin, scrutez l’état des jantes tubeless à rayons tangentiels : elles sont sublimes et robustes, mais un usage intensif dans la caillasse à basse pression peut légèrement les marquer. Si tout est propre, vous tenez l’un des meilleurs trails de sa catégorie.
Foire Aux Questions (FAQ)
🛢️ La Tuareg 660 consomme-t-elle de l’huile ?
Durant la période de rodage (les 3000 premiers kilomètres), le bicylindre peut consommer une quantité minime d’huile (environ 10 à 20 cl pour 1000 km), ce qui est tout à fait normal pour ce bloc aux ajustements serrés. Passé ce cap, la consommation se stabilise et devient quasi nulle entre deux vidanges annuelles (prévues tous les 10 000 km).
🔧 Le réglage du jeu aux soupapes est-il onéreux ?
L’intervalle de contrôle du jeu aux soupapes est fixé à 20 000 km par Aprilia. C’est une opération mécanique assez lourde car l’accès aux arbres à cames nécessite de démonter pas mal de carénages et de basculer le radiateur. La facture de cette grande révision avoisine souvent les 500 à 600 euros en concession. C’est un coût d’entretien à prévoir dans votre budget.
🌍 Peut-on mettre de l’essence de mauvaise qualité (Off-road) ?
Contrairement à certains gros trails bavarois qui nécessitent un dongle spécifique, le calculateur de la Tuareg gère plutôt bien les variations d’indice d’octane grâce à ses capteurs de cliquetis. Cependant, pour préserver la pompe à essence immergée et les injecteurs sur le très long terme, l’ajout ponctuel d’un additif stabilisateur de carburant est recommandé si vous voyagez en Afrique ou en Asie centrale avec des essences coupées.









